Première Partie
chapitre 9
La paysanne n’avait pas compris le récit de Glaïeul. Elle était repartie en saluant bien bas ces deux messieurs dont l’un était habillé, prétextant beaucoup de travail qui l’attendait à la ferme. Or le travail attendait parfois très longtemps mais ne perdait jamais patience: « il est encore là quand on arrive. » C’est pourquoi cette brave femme voulait s’en débarrasser au plus vite. Elle remonta ses lolos et se mit à courir dans la direction de la ferme.
On voyait de loin les quinquagénaires accroupis sous un mûrier autour d’une nappe. Ils se découpent sur le couchant en figures fugitives dont les éclats de voix nous arrivent feutrés dans les derniers rayons. Ils paraissent très loin, portés sur un tapis de lumière qui embrase leurs corps. Leurs gestes s’amenuisaient et il semblait que les rayons voulussent se figer en ce paysage d’où le mouvement et le temps avaient été bannis. Glaïeul examinait son étamine avec la plus grande application, espérant découvrir un contre-symptôme qui le rassurât.
Un oiseau s’échappa d’un feuillage.
Un frisson parcourut les bruyères.
Glaïeul releva la tête; du gouffre qui l’engloutissait, le soleil avait lancé un dernier rayon qui s’éteignit aussitôt en tremblant.
10
Les stores étaient baissés, leurs lamelles orientées à l’horizontale. Une lumière jaune et fade baignait le mur et la chambre tout entière. Le ronflement des moteurs, les klaxons impromptus, les cris écourtés, les appels clairsemés parvenaient à Pépita en nébuleuses mouvantes. Mais bientôt la rumeur faiblit puis disparut tout à fait tandis que le crépuscule estompait aux yeux de Pépita la lente procession des brocs, boîtes de compresses, et autres ustensiles d’infirmerie.
Une aide-soignante entra. Elle ferma les volets et ordonna à Pépita de dormir. Pépita voulut pleurer: elle avait eu tant de peine à s’éveiller qu’elle appréhendait de s’endormir. Elle demandait Poupougnette. On lui expliqua qu’elle viendrait sans doute le lendemain puisqu’elle n’était pas venue le soir même. Elle demanda Pépito en rougissant et l’aide-soignante qui était une sœur d’une congrégation hospitalière, la gronda.