Chapitre 2bis

par 29 Mai 2020

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(Ce qui se passait pendant ces années-là…)

 

                          

 

 

 

  Ils s’avancèrent en rangs serrés, anxieux en leurs cœurs, terribles en leurs yeux. Décidément assurés contre l’ordre moral, ils étaient résolus à rajeunir le pays d’une eau de jouvence qui  leur viendrait d’un ordre de justice.

  Les marguerites s’effoliaient chez les filles; les armes se fourbissaient chez les garçons; les corps respiraient. Il avait suffi de craquer les vêtements et déjà les muscles avaient sailli, l’audace au front.

  Ils avançaient, on les montrait du doigt. Ils restaient assis, on leur jetait des pierres: ils se levaient, on reculait et le Parthénon de leur effronterie laissait un trou béant dans un cœur et plus.

 

 

  L’éclosion des rouges et roses n’a pas suffi à calmer leur ardeur. Et les voilà tout enivrés. Ils ont couru longtemps avant d’imaginer quel serait leur sort. Parfois des églantines avaient un mot pour eux, merci. Plus souvent encore ils furent chassés. Quand il pleuvait, des grelots de soupape avaient des rires sonores et il fallait du temps aux usagers pour reprendre leurs esprits. Très certainement jusqu’à l’autre soir il n’en revint pas. Depuis les choses ont bien changé mais pour combien de temps? Ils ont cueilli une rose et l’ont mise à la bouche. C’est leur façon de dire l’amour. Ils n’en savaient rien et s’il leur arriva de pleurer, cela personne ne le vit. Ils rodèrent leurs esprits à plus juste émoi. Et surtout ils ne voulurent pas de solennité bien que le minimum souhaité fût le décorum naturel. Ils eurent le goût pervers mais ne voulurent même pas de la Légion d’Honneur, dont ils rirent. Il leur fallut signer des actes pour passer librement les frontières. Ils se soumirent complaisamment à ces formalités puisqu’elles étaient bonnes pour eux. Synonymes les uns des autres, on les  voyait partout, près de la Seine, près du Tibre quand ce n’était pas sur la Tamise. Le mauvais temps bientôt eut raison d’eux mais ils revinrent l’été suivant. Ils se donnaient des noms pour s’appeler les uns les autres. Et quand revint l’ennui inévitablement, une nouvelle aube était née. Mais ce n’était plus la leur.