Première Partie
chapitre 2
A cette nouvelle de deux homogènes dans un même compartiment, les gens riaient avant même de nous avoir aperçus et se piétinaient pour arriver jusqu’à nous, voulant voir de leurs propres yeux les deux homogènes qui riaient de ce tumulte dont ils étaient cause. Cependant j’étais honteux que nous fussions à moitié nus, lui tout à fait, moi pas du tout. Je lui conseillai de s’habiller. Il insista pour se rincer d’abord. Des gens voulurent me voir nu pour que la ressemblance fût parfaite. Je refusai, ils me traitèrent de pâtissier.
_ Pâtissier que vous êtes! me dirent-ils avec un air qui se voulait de mépris et qui était de haine.
Le jeune homme qui avait pour moi toute la bonté d’une goutte d’eau pour une autre goutte d’eau, me consola, disant d’un air vraiment ravi qu’il aimait beaucoup les pâtisseries.
Quand tout fut rentré dans l’ordre, que les gens se furent rassis de leur étonnement, nous fîmes plus ample connaissance.
_ Faisons plus ample connaissance ! me dit-il.
_ Voui ! dis-je.
Nous nous dîmes bonjour et la conversation s’engagea.
_ Bonjour! me dit-il. Comment t’appelles-tu?
_ Bonjour! répondis-je. Je m’appelle Pépito. Et toi? demandai-je avec impatience.
Il me répondit avec un sourire de coquette: « Glaïeul! » Je me dis à moi-même que son nom était cocasse mais je lui dissimulai cette pensée pour éviter qu’il ne s’empourprât. Car il s’empourprait facilement tant était grande sa pudeur. Aussi me contentai-je d’une formule conventionnelle de félicitations:
_ Quel joli nom!
Il rougit et détourna le regard vers la fenêtre en grimaçant de confusion, comme ébloui par un soleil trop fort. Des vaches défilaient à vive allure qui paissaient. A ce moment-là, il pensait qu’il aimerait être une vache en train de paître. Je voyais ses pensées dans sa tête comme des poissons rouges dans un bocal: « si j’étais une vache, je recevrais les compliments sans rougir bêtement! »